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La ligne Chappe de Crimée

Mis à jour par le 2012-09-25

The Malakoff Tower © collection Patrick Lavenas

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478 Le Télégraphe de A à Z ( page 79 ) Miniature PDF
Crimée (guerre de)

De 1854 à 1855, elle opposa la Russie à une coalition formée par la France, la Grande-Bretagne et la Sardaigne. Une mission équipée de télégraphes ambulant et de matériel électrique y fut envoyée. On utilisa le télégraphe ambulant de construction allégée, afin de pouvoir suivre les troupes dans leurs déplacements, et maintenir les liaisons entre le quartier général et les secteurs des opérations. On voit, sur des gravures d'époque, une machine qui émerge d'une tente. A noter que c'est le seul conflit où le télégraphe aérien et le télégraphe électrique furent utilisés simultanément. Ce dernier servait à recevoir les ordres de Paris (des Tuileries). Ces interventions incessantes impatientèrent le Maréchal Pélissier, commandant en chef, à tel point qu'il fit couper le télégraphe !

C'est la dernière fois que sera utilisée la télégraphie aérienne.

Elle a donc terminé sa carrière comme elle l'avait commencée à savoir au service de l'armée : de Le Quesnoy à Sébastopol, de 1794 à 1855.

(M. M.).

454 Les merveilles de la science ou description populaire des inventions modernes - Tome 2 ( Page ? ) Miniature PDF Miniature PDF

Avant de disparaître pour toujours, la télégraphie aérienne devait jeter un dernier éclair. Elle devait briller un moment encore, comme une lampe près de s'éteindre, et qui, avant de disparaître pour jamais, jette une subite et passagère lueur. Elle devait s'illustrer devant Sébastopol.

Au moment où la guerre d'Orient fut décidée, le ministre de la guerre demanda à l'administration des télégraphes l'installation d'un système de signaux rapides, applicables aux opérations militaires. A cette époque, la télégraphie aérienne et la télégraphie électrique se trouvaient en lutte, sans qu'aucune solution officielle eût encore tranché la difficulté. Le directeur des télégraphes, M. de Vougy, qui venait de remplacer M. Alphonse Foy, prit un excellent parti : il envoya à la fois, un matériel électrique et un matériel aérien. Le personnel de ces deux services était placé sous les ordres d'un inspecteur, M. Carrette.

Le matériel et les employés arrivèrent le 10 juillet 1854, à Varna ( Bulgarie ), et l'on s'occupa immédiatement d'établir une ligne aérienne, composée de sept postes, de Varna à Baltschick, port d'embarquement des troupes pour la Crimée, et d'où nos escadres partirent dans les premiers jours de septembre 1854. Cette ligne fonctionna trois mois, du 15 août au 15 novembre.

La prise de Sébastopol présenta des difficultés auxquelles on ne s'était pas attendu, et l'on ne tarda pas à se convaincre qu'il fallait, pour enlever cette ville, couverte de défenses formidables, un siège lent et compliqué. Dès lors, pendant qu'on construisait, de Varna à Bucharest, une ligne de télégraphie électrique, pour établir, par la Turquie, la communication de nos armées avec l'Europe, le matériel de télégraphie aérienne s'embarquait pour la Crimée, destiné à devenir un auxiliaire constant des opérations du siège.

L'inspecteur chargé de cet important servire, M. Aubry, arriva à Kamiesch le 29 décembre 1854. Il fit installer immédiatement de nombreuses stations de télégraphie aérienne, d'après un plan concerté d'avance, et qui consistait à relier au quartier général les principaux points stratégiques, les corps d'armée, les divisions détachées et les ports d'approvisionnement.

Pour se plier aux exigences de la stratégie, il fallut créer une véritable télégraphie ambulante, ce qui n'avait jamais existé, non-seulement en France, sous la république ni sous l'empire, mais même dans nos guerres d'Afrique, où les lignes, qui étaient quelquefois provisoires, ne furent jamais volantes. On vit, en Crimée, des lignes de télégraphie aérienne supprimées et rétablies dans la même semaine, selon les mouvements des divisions militaires qu'elles accompagnaient. Cela n'empêchait pas d'ailleurs les lignes permanentes de fonctionner.

On fit usage en Crimée, dit M. Gerspach dans son Histoire de la télégraphie aérienne, où nous trouvons toutes ces indications, du système télégraphique qui avait servi en Afrique ; seulement M. Carrette construisit en tôle, au lieu de bois, les ailes du télégraphe, ce qui, pour un même degré de résistance, les rendait plus légères1. Un poste pouvait être installé en vingt minutes et replié en un clin d'œil. Il suffisait de deux mulets pour emporter tout le matériel d'une station.

La vitesse de transmission était considérable, en raison de la faible distance des stations et de leur petit nombre. Un quart d'heure suffisait pour faire parvenir une dépêche du quartier général aux différents camps occupés par les corps d'armée. Il fallait vingt minutes pour aller de ce quartier général à Kamiesch et à la Tschernaïa ; une demi-heure pour atteindre l'Egry-Adgadj. Les cavaliers d'ordonnance que l'on aurait employés pour porter ces mêmes dépêches, auraient mis quatre heures pour parvenir à ce dernier point, une demi-heure ou une heure pour arriver au premier, tout en étant exposés à l'artillerie de la place. Ainsi, le service télégraphique laissait disponible la cavalerie, qui fut toujours peu nombreuse en Crimée.

Le vocabulaire était celui d'Afrique, un peu modifié par M. Aubry, pour ces circonstances nouvelles. Comme le petit nombre d'employés ne permettait pas de placer des traducteurs dans toutes les stations, on fut quelquefois obligé de donner aux signaux la simple signification des lettres de l'alphabet.

Les communications du grand quartier général avec les principaux corps d'armée, furent établies dès les premiers jours de 1855, par MM. Aubry et Carrette. Le grand quartier général correspondait ainsi avec la maison Forey ( premier corps d'armée ), avec la redoute ( deuxième corps d'armée ) ; avec la maison d'observation ( espèce d'observatoire du général en chef ) ; avec Kamiesch, Balaclava et Inkermann.

Après la bataille d'Inkermann, toutes ces relations furent changées, pour suivre les mouvements du grand quartier général. Quelques heures suffisaient pour installer des postes nouveaux, et supprimer les anciens.

Le 8 septembre, le télégraphe était placé sur la redoute Victoria, et le lendemain sur la tour Malakoff.

Sans rapporter ici tous les déplacements des postes télégraphiques qui suivaient les évolutions du siège, nous dirons que pendant dix-huit mois ( de janvier 1855 à juillet 1856 ), la maison Forey, la maison d'observation, le poste de la redoute, Kamiesch, la Tschernaïa et la vallée de Baïdar, correspondirent, sans interruption, par le télégraphe, avec le grand quartier général, et qu'il en fut de même pour les autres positions que nos troupes occupèrent. 4 500 dépêches expédiées pendant cette campagne, disent assez les services de tout genre que la télégraphie aérienne rendit aux opérations de l'armée et de la flotte, comme aux services de l'intendance militaire2.

Les employés du télégraphe firent preuve d'un dévouement, d'une abnégation et d'un courage constants. Fonctionnaires et agents campaient sous la tente, comme nos soldats ; quelquefois ils furent forcés de coucher sur le terrain détrempé par des pluies incessantes. Malgré les rigueurs de l'hiver, les stations permanentes ne furent munies de barraques, pour mettre à couvert les stationnaires, qu'au mois de novembre 1855. Chaque poste ne renfermait qu'un employé, qui était obligé d'avoir l'œil à la lunette, pendant toute la durée du jour, c'est-à-dire pendant seize à dix-huit heures, en été. Les employés de la télégraphie partagèrent donc les privations, les souffrances et souvent les dangers auxquels étaient exposés nos soldats.

Pendant quatre mois, la station de la tour Malakoff resta à la portée des canons des forts du nord de Sébastopol. Il fallut même déplacer ce poste, trop exposé à servir de point de mire à l'artillerie de la place. Pendant la bataille de Tracktir, et le jour de l'assaut de Sébastopol, les employés du télégraphe restèrent enfermés dans leur barraque, continuant d'échanger des signaux, au milieu d'une grêle de balles.

Ici finit histoire de la télégraphie aérienne. Le rôle glorieux qu'elle joua dans la guerre de Crimée fut le dernier épisode de son existence. A partir de ce moment, en effet, c'est-à-dire en 1856, la télégraphie aérienne s'efface et disparaît à jamais devant sa rivale, la télégraphie électrique. Digne et glorieuse fin ! Inaugurée pendant les guerres de la République, par l'annonce de la prise de Condé sur les Autrichiens, l'invention de Chappe termine sa carrière sous les murs de Sébastopol. Elle meurt, pour ainsi dire, enveloppée dans les plis de ce même drapeau tricolore, qui avait si glorieusement flotté sur son berceau !

455 La télégraphie historique, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours ( Page ? ) Miniature PDF Miniature PDF
Guerre de Crimée(1)

Dès que la guerre de Crimée fut décidée, M. de Vougy fut invité par le ministre de la guerre à mettre à sa disposition un service télégraphique constitué de manière à faire face à toutes les éventualités. Un double matériel de télégraphie électrique et de télégraphie aérienne fut expédié en Turquie, et le 10 juillet 1854, le personnel de la mission débarquait à Varna sous la conduite de M. Carette, inspecteur.

M. Carette fit construire aussitôt, de Varna à Baltschick, une ligne aérienne de sept postes, qui fonctionna du 15 août au 15 novembre. Baltschick était le port d'embarquement des troupes destinées à la Crimée ; c'est de ce point que partirent les escadres dans les premiers jours de septembre et plus tard les renforts.

Lorsque l'armée assiégeante eut reconnu les difficultés inattendues que présentait le siège de Sébastopol, le service télégraphique fut scindé en deux parties : l'une resta en Turquie pour construire la ligne électrique de Varna à Bucharest et établir ainsi une communication permanente de l'armée avec le réseau autrichien ; la seconde s'embarqua pour la Crimée avec le matériel de la télégraphie aérienne.

Le 29 décembre 1854, le personnel et le matériel débarquaient à Kamiesch sous la conduite de M. Aubry, inspecteur, qui commença immédiatement les travaux d'établissement. Le plan d'ensemble consistait à relier télégraphiquement au grand quartier général les points stratégiques, les armées, des divisions détachées et les ports d'approvisionnement. Pour atteindre ce but, les télégraphes durent suivre les divisions dans leurs mouvements, de telle sorte qu'à côté de lignes permanentes, il fallut en construire d'autres qui fonctionnèrent pendant un temps très court et qui furent supprimées et rétablies dans une même semaine selon les besoins du service. Cette organisation de télégraphes ambulants fit de la télégraphie en Crimée un service spécial sans précédent même en Afrique, où les lignes, pour être provisoires, n'étaient cependant pas volantes.

De son côté, le gouvernement anglais fit immerger dans la mer Noire un câble qui permit aux armées alliées de se tenir en relation permanente avec la France et l'Angleterre au moyen de la ligne électrique de Varna à Bucharest et du réseau autrichien.

Les télégraphes d'Afrique avaient donné un si excellent résultat au double point de vue de la rapidité de transmission, et surtout de l'installation, que l'administration n'hésita pas à les employer en Orient. M Carette y apporta une heureuse modification en remplaçant par de la tôle le bois des indicateurs, ce qui les rendit beaucoup plus légers. En moins de vingt minutes, un poste était installé ; il était replié presque instantanément ; deux mulets suffisaient pour le transport du matériel d'une station avec les objets de rechange et les accessoires.

La vitesse de la transmission était, en télégraphie aérienne, en raison du nombre des postes intermédiaires ; en Crimée, la plupart des stations correspondaient directement entre elles, les plus éloignées n'étaient séparées que par trois ou quatre télégraphes ; aussi le passage des dépêches se faisait-il avec rapidité. Une dépêche de vingt-cinq mots, par exemple, parvenait en 15 minutes au plus du quartier général aux corps d'armée, en 20 minutes à Kamiesch et à la Tshernaïa, en 25 minutes à la vallée de Baidar, en 30 minutes à l'Egry-Adgadj. Pour les mêmes distances, des ordonnances à cheval mettaient d'une demi-heure à quatre heures, et pouvaient être exposées au feu de l'ennemi. La télégraphie laissait disponible ainsi la cavalerie peu nombreuse en Crimée, et faisait gagner aux dépêches un temps considérable1.

La conduite du personnel, dirigé pendant toute la campagne par M. Aubry, fut digne des plus grands éloges. Dès leur arrivée en Crimée, les fonctionnaires et agents de tous grades campèrent sous la tente, sur un terrain à ce point détrempé par les pluies, qu'il fut impossible pendant plus de quinze jours d'allumer du feu pour la préparation des aliments. L'hiver fut excessivement pénible ; au mois de novembre 1855 seulement, les stations permanentes furent baraquées.

Le travail était extrême ; il n'y avait par poste qu'un seul agent, qui était obligé de rester en observation, l'œil à la lunette, de seize à dix-huit heures par jour.

Pendant dix-huit mois de séjour en Crimée, le personnel de la télégraphie fut exposé aux mêmes dangers et aux mêmes privations que l'armée elle-même. Durant la bataille de Tracktir et le jour de l'assaut de Sébastopol, nos stationnaires étaient à leurs postes et les télégraphes fonctionnèrent sous le feu de l'ennemi ; pendant quatre mois, les stations de Malakoff et de Sébastopol restèrent à portée des canons des forts du nord ; le poste de Malakoff dut être déplacé, la position n'étant plus tenable(2).

Voici, d'après M. Etenaud, quelques détails sur l'incident de la bataille de Tracktir auquel nous venons de faire allusion plus haut.

Le 15 août 1855, trois stationnaires, MM. Borie, Paulowski et Cochet, étaient chargés, les deux premiers, de la manœuvre du télégraphe aérien, et le troisième de la traduction des dépêches. Le poste était placé à quatre ou cinq cents mètres de la rivière de la Tschernaïa, et non loin de deux ponts sur la route de Simphéropol.

Quoique la bataille eût été engagée sur une ligne très étendue, des masses russes se concentrèrent, à un moment donné, entre ces deux ponts et le combat devint des plus acharnés. Les Russes prirent et perdirent trois fois cette importante position.

Pendant toute la durée de l'action, les trois stationnaires du poste de la Tschernaïa se trouvèrent exposés aux plus sérieux dangers. Ils n'en continuèrent pas moins à remplir bravement leur devoir, à transmettre et à traduire les nombreuses dépêches du général Herbillon, au milieu d'une grêle de balles qui faisaient rage sur le poste télégraphique. Aussi furent-ils chaudement félicités par le chef d'état-major et par M. Aubry pour le sang-froid, la rapidité et la précision dont ils avaient fait preuve dans l'exécution de leur service.

Ce fait n'est pas, du reste, isolé. Le zèle et le dévouement du personnel tout entier ne se démentirent pas un seul instant. Nous devons mentionner tout spécialement M. Baron, actuellement directeur de l'exploitation à l'administration centrale des postes et des télégraphes, qui, étant inspecteur attaché à la mission d'Orient, déploya une habileté des plus remarquables pour assurer les communications télégraphiques entre le théâtre des opérations et le réseau autrichien.


1) La plupart des renseignements contenus dans ce chapitre sont extraits, de l'Histoire de la télégraphie aérienne, par M. Gerspach.

2) Pour activer encore la remise des dépêches, M. Aubry fit à plusieurs reprises la demande d'un service électrique, qu'il aurait combiné avec les stations aériennes.

Index des illustrations :

572 The Malakoff Tower Miniature PDF
573 The French telegraph above the white tower Miniature PDF
575 Fig. 67. - Installation d'un poste télégraphique à Kamiesch ( Crimée ) Miniature PDF
705 Télégraphie des cuisiniers au camp de Maison-Blanche (Crimée) Miniature PDF
714 L'illustration 1855 - Installation d'un télégraphe à Kamiesh Miniature PDF
The Malakoff Tower © collection Patrick Lavenas
572
The French telegraph above the white tower © collection Patrick Lavenas
573
Fig. 67. - Installation d'un poste télégraphique à Kamiesch ( Crimée )
575
Télégraphie des cuisiniers au camp de Maison-Blanche (Crimée) © collection Patrick Lavenas
705
L'illustration 1855 - Installation d'un télégraphe à Kamiesh © collection Patrick Lavenas
714